Entretien avec Giulio Giorgi

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Giulio Giorgi auteur de Botanique olfactive ©Audoin Desforges
Giulio Giorgi auteur de Botanique olfactive ©Audoin Desforges

Publié le 22 juillet 2026

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Dans le cadre de l’édition 2026 de La Minute internationale des odeurs, nous sommes fiers de collaborer avec le média Nez, ambassadeur de notre événement, grâce auquel nous avons eu l’honneur d’échanger avec Giulio Giorgi.
Dans cet entretien, Giulio Giorgi nous invite à regarder les plantes autrement : non plus seulement par leurs formes ou leurs couleurs, mais à travers les odeurs qu’elles produisent. Il raconte comment son expérience de paysagiste et sa collaboration avec des parfumeurs et nez l’ont amené à écrire son ouvrage Botanique olfactive. Il évoque aussi la place encore limitée accordée à l’odorat dans notre société, son rôle dans les relations entre les espèces et l’importance de préserver les plantes, les senteurs, les souvenirs et les savoir-faire qui composent notre patrimoine olfactif.
Texte
« Nous avons tous un odorat et nous pouvons tous le cultiver. Nous manquons terriblement d’éducation olfactive. »
Nom / Prénom / Organisation
Giulio Giorgi

Présentation de Giulio Giorgi

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Giulio Giorgi auteur de Botanique olfactive ©Audoin Desforges
Giulio Giorgi auteur de Botanique olfactive ©Audoin Desforges

Giulio Giorgi est un paysagiste, jardinier, écrivain et enseignant italien. Formé en agronomie et en écologie en Italie, en France et en Norvège, il développe depuis 2007 une approche du paysage à la croisée de l’art, de la science et du vivant.

Installé à Paris, il conçoit des jardins immersifs où l’écologie dialogue avec l’esthétique, les matériaux artisanaux et les dimensions sensibles du végétal, notamment les odeurs.

Il partage également son expertise en design environnemental dans plusieurs universités, écoles d’architecture et de design en France et à l’international. Auteur de Botanique olfactive, il invite à porter un regard nouveau sur les plantes, en explorant leur richesse à travers le prisme des odeurs.

Fruit d’un travail collaboratif entre scientifiques et parfumeurs, Botanique olfactive présente cinquante-deux espèces végétales décrites avec rigueur et sensibilité, à travers leur histoire, leurs usages et surtout leurs odeurs. L’ouvrage met également en lumière le rôle écologique de l’olfaction et invite à réfléchir à notre rapport à l’environnement.

Sentir les plantes pour mieux les connaître

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Couverture de Botanique olfactive ©Nez
Couverture de Botanique olfactive ©Nez
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« L’idée est née de ma pratique de paysagiste, dans laquelle je côtoie les plantes d’une façon très concrète, tous les jours. Ce qui m’a frappé, c’est que notre rapport est sensoriel et passe par tous les sens. Ce n’est pas juste une question de lire des livres de botanique, de regarder des illustrations ou des photos sur un ordinateur : il faut vraiment toucher les plantes, entendre aussi le bruit qu’elles font, les sentir. »

C’est à partir de ce constat que Giulio Giorgi a imaginé Botanique olfactive, le premier ouvrage proposant une classification botanique fondée sur des critères olfactifs.

« Il faut vraiment toucher les plantes, entendre aussi le bruit qu’elles font, les sentir. »

Giulio Giorgi a alors commencé à prendre des notes sur les végétaux qu’il rencontrait dans sa pratique quotidienne. Ses observations ont progressivement concerné un ensemble très diversifié de plantes, dont certaines n’étaient pas nécessairement mentionnées pour leurs qualités olfactives.

Grâce à son enseignement à l'École nationale supérieure de paysage de Versailles, à ses échanges avec l’Osmothèque et le média Nez, ces années d’expérience ont pu prendre la forme d’un ouvrage.

Un travail collectif pour trouver les mots justes pour parler des odeurs

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La réalisation de Botanique olfactive a nécessité deux ans et demi de travail. Pour décrire les odeurs avec précision, Giulio Giorgi s’est entouré d’un collectif de parfumeurs et de nez.

« C’est un travail de très longue haleine, qui s’est développé sur plusieurs années, pour que je puisse faire sentir toutes ces plantes à de véritables parfumeurs et nez. Nous avons utilisé les mots de la parfumerie pour décrire les odeurs, les classifier, identifier des familles olfactives et situer les plantes à l’intérieur de ces familles. »

Comme pour le Langage des Nez développé par Atmo Normandie, l’un des principaux enjeux de cette collaboration était de construire un vocabulaire commun. Si chacun est capable d’exprimer une sensation olfactive, les personnes qui ne sont pas formées à sentir ont tendance à employer des images personnelles ou des métaphores.

Une plante à sentir chaque semaine

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Botanique olfactive présente cinquante-deux espèces végétales, en référence aux cinquante-deux semaines de l’année. Organisé au fil des saisons, l’ouvrage invite les lecteurs à découvrir une plante différente chaque semaine.

« L’idée était d’offrir un guide à toute personne qui souhaite découvrir les parfums des plantes, pour qu’elle puisse, à tout moment, ouvrir le livre et se dire : “Tiens, en ce moment, il va y avoir ces notes odorantes-là à sentir. Je prends le guide avec moi, je pars en balade, je vais chercher et je peux facilement trouver l’odeur.” »

Chaque plante est présentée à travers son histoire, ses usages, ses caractéristiques écologiques et, surtout, ses odeurs. Le livre devient ainsi un outil permettant d’affiner notre vocabulaire olfactif, mais aussi de porter un regard nouveau sur les végétaux qui nous entourent.

Le rôle écologique de l’odorat

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« L’un des objectifs du livre est de montrer que l’écologie n’est pas faite uniquement de chiffres et d’informations quantitatives. L’idée est donc de trouver une dimension sensible, celle de l’odorat, pour apporter des informations. »

L’ouvrage met en lumière le rôle écologique de l’olfaction. Comme nous l’avait expliqué Clara Muller lors du colloque d’Atmo Normandie sur Les Odeurs capitales en 2024, une odeur n’est pas seulement destinée à procurer du plaisir aux êtres humains : elle transmet des informations et participe aux interactions entre les espèces.

« L’odeur n’est pas seulement là pour nous faire plaisir, c’est un langage qui va, par exemple, communiquer avec un pollinisateur. »

Il y a l’exemple des narcisses. Selon l’espèce, les narcisses vont avoir des formes et des odeurs différentes. « Selon l’espèce et l’endroit où elle se trouve dans le monde, on aura des pollinisateurs différents. Ils possèdent des récepteurs olfactifs particuliers et vont avoir un certain style de vol, un certain style d’atterrissage. L’odeur d’un narcisse est issue d’une coévolution, d’un langage, dans ce cas entre la fleur et l’insecte. »

Les patrimoines olfactifs pour Giulio Giorgi

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La grande cause de l’édition 2026 de La Minute internationale des odeurs est le patrimoine olfactif. Pour Giulio Giorgi, cette notion renvoie tout d’abord au lien profond qui unit les odeurs et la mémoire : « Je pars toujours du point de vue qu’une odeur est un souvenir. »

« Il s’agit à la fois d’un patrimoine externe et d’un patrimoine intérieur. »

Le patrimoine extérieur correspond notamment aux plantes et aux molécules odorantes qu’elles produisent. Ces senteurs font pleinement partie de la biodiversité. Le patrimoine intérieur rassemble quant à lui les souvenirs, les émotions et les expériences personnelles associés aux odeurs. Plus nous développons notre odorat, plus nous sommes capables de reconnaître les senteurs de la nature et d’apprécier leur richesse.

« Plus on saura les connaître et plus, je l’espère, on saura les protéger. »

La disparition d’une espèce végétale entraîne donc également celle de ses molécules odorantes et des expériences sensorielles qui lui sont liées. Giulio Giorgi cite l’exemple du bois de rose, en train de disparaître par surexploitation : « Son bois possède une odeur qui a enchanté l’humanité, à la fois pour ses parfums, mais aussi parce qu’il a beaucoup été utilisé en menuiserie. »

Préserver le patrimoine olfactif, c’est ainsi protéger des espèces, des odeurs, mais aussi les souvenirs et les savoir-faire qui leur sont associés.

L’odeur préférée de Giulio Giorgi

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« C’est très difficile. J’en donne une différente à chaque fois parce que cela dépend du moment. Pour moi, les odeurs, c’est comme les vêtements : il y a très peu de gens qui mettent chaque jour le même vêtement. Cela dépend de l’humeur de la journée, de la météo. »

Pour l’été, période à laquelle cet entretien a été réalisé, Giulio Giorgi choisit la fleur de magnolia, dont il apprécie la fraîcheur, l’envolée citronnée et les notes de gingembre. Mais l’odeur du magnolia présente également une note de fond plus surprenante, qu’il compare à celle des gants en latex.

« Je trouve cela très beau à raconter, car cette expérience montre que, lorsque l’on trouve les mots justes pour décrire une odeur, on révèle aussi quelque chose de soi et de son rapport au monde. Vous ne visualisez peut-être pas immédiatement ce qu’est l’odeur du gant en latex, mais leur simple évocation fait parfois surgir des souvenirs et des sensations, jusqu’à vous rappeler leur odeur si particulière. Tout devient alors très concret et étonnamment précis. »

Réapprendre à sentir la nature

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Quand nous l’avons interrogé sur la place de l’odorat dans notre société, Giulio Giorgi parle d’un sens « sous-estimé, mal communiqué et peu formé ».

« Nous avons tous un odorat et nous pouvons tous le cultiver. Nous manquons terriblement d’éducation olfactive. »

Son livre Botanique olfactive entend justement donner aux lecteurs des outils pour apprendre à sentir, à reconnaître et à nommer les odeurs. Cette éducation olfactive ouvre une autre manière d’apprécier le monde.

En nous invitant à ralentir, à nous éloigner des écrans et à mobiliser l’ensemble de notre odorat, Botanique olfactive nous encourage finalement à renouveler notre relation au vivant.

« Côtoyer les plantes est une expérience qui passe par tous les sens, et une expérience qui apporte du plaisir. »

Car apprendre à sentir, c’est aussi apprendre à mieux connaître la nature, à s’émerveiller de sa diversité et à prendre conscience de la nécessité de la protéger.

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La Minute internationale des odeurs, le 10/06 à 10h06. : respirez, ressentez, écrivez.

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