Entretien avec Marc-André Selosse, parrain de La Minute 2026

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Marc-André Selosse
Photo de Marc-André Selosse ©Biogée

Publié le 19 mars 2026 - Mis à jour le

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Biologiste, professeur au Musée national d'histoire naturelle, président de la Fédération BioGée et spécialiste reconnu de la botanique, de la mycologie et de l’écologie, Marc-André Selosse œuvre depuis de nombreuses années à rendre les sciences du vivant accessibles au plus grand nombre.
Dans cet entretien, il partage son regard sur l’odorat, un sens souvent négligé dans nos sociétés, et explique pourquoi prendre le temps de sentir les odeurs du quotidien peut transformer notre rapport au monde.
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« Qui ferme les yeux pour écouter les oiseaux, ou le champ de la nature ? Très peu de gens. Mais pour les odeurs, c’est encore plus rare. On ne prend presque jamais le temps de s’arrêter pour sentir. »
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Marc-André Selosse

Un sens largement sous-estimé

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Pour Marc-André Selosse, l’odorat est aujourd’hui l’un des sens les plus sous-estimés. Il rappelle que ce que nous appelons communément le “goût” est en réalité en grande partie lié à l’odorat.

« Je trouve que c’est un sens et une source de plaisir, qu’on a vraiment sous-développée ces dernières décennies dans nos sociétés. »

« Dans la bouche, nous percevons seulement quelques saveurs : le sucré, le salé, l’amer, l’acide et l’umami. Tout le reste des arômes passe en réalité par le nez, notamment par ce qu’on appelle la rétro-olfaction. »

Cette rétro-olfaction correspond aux odeurs qui remontent par l’arrière-nez lorsque nous mangeons. C’est elle qui donne toute la richesse aromatique aux aliments. 
« La preuve, c’est que quand on a le nez bouché, les aliments deviennent très insipides. »

Pourtant, dans notre langage courant, nous mélangeons souvent ces perceptions sous le terme général de “goût”, ce qui contribue à invisibiliser le rôle central de l’odorat

Illustration des deux voies de perception possibles pour les odeurs © Atmo Normandie
Illustration des deux voies de perception possibles pour les odeurs © Atmo Normandie

Un lien personnel avec les odeurs

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Le parcours scientifique de Marc-André Selosse l’a amené très tôt à développer une attention particulière aux odeurs, notamment grâce à son travail de mycologue, spécialiste des champignons.
« Comme il n’y a pas beaucoup de façons de reconnaître les champignons, les sentir et parfois les goûter peut aider à les reconnaître ça donne des critères supplémentaires pour les identifier. »

Cette attention aux odeurs l’a également conduit à développer une autre passion.
« Ça m’a préparé à devenir un amateur de vin. Derrière mon amour du vin se cache la capacité à reconnaître des odeurs parfois très subtiles grâce à la rétro-olfaction. »

Mais selon lui, ces capacités ne sont pas réservées aux spécialistes. Elles peuvent être développées par tout le monde.
 

Les odeurs : un langage du vivant

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Pour Marc-André Selosse, les odeurs peuvent être vues comme une manière de percevoir le monde vivant.

« C’est un des signaux que nous envoie la nature. Aujourd’hui, on est trop habitué à la regarder, un peu à l’écouter… mais pas assez à la sentir. »

« Qui ferme les yeux pour écouter les oiseaux, ou le champ de la nature ? Très peu de gens. Mais pour les odeurs, c’est encore plus rare. On ne prend presque jamais le temps de s’arrêter pour sentir. »

Et pourtant, les fleurs, les sols, les forêts ou encore les aliments émettent une multitude de signaux olfactifs qui racontent l’environnement qui nous entoure.

Les patrimoines olfactifs : un héritage à redécouvrir ?

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Cette année, La Minute internationale des odeurs met à l’honneur les patrimoines olfactifs.

Selon lui, ce patrimoine n’est pas forcément en train de disparaître. Ce qui se perd, c’est plutôt notre capacité à le percevoir.

« Nous sommes devenus moins attentifs aux odeurs. C’est notre sensibilité qui s’émousse. »

« Aujourd’hui, il y a un besoin de reconstruire ou de repenser le monde qui nous entoure, d’un point de vue olfactif. Par rapport aux plaisirs aromatiques que peuvent offrir certains aliments ou un environnement naturel, nous sommes aujourd’hui confrontés à une forme d’agression par certaines odeurs. »

Notre environnement moderne est souvent saturé d’odeurs artificielles très intenses : parfums d’ambiance, produits d’entretien, cosmétiques… Ces odeurs, souvent simples et très puissantes, peuvent masquer les arômes plus subtils du monde naturel.
« À force d’être exposés à des odeurs envahissantes, nous devenons moins sensibles aux odeurs plus délicates de notre environnement. »

« Toutes ces molécules aromatiques que l’on ajoute dans les produits d’entretien, les parfums d’ambiance ou encore les produits corporels sont-elles vraiment neutres pour notre santé ? Les odeurs de plastique, par exemple, ou ces odeurs de “neuf” que certains apprécient au point d’en acheter pour leur voiture, contiennent en réalité des molécules potentiellement nocives. Dans ces émanations issues des plastiques au début de leur vie, on retrouve notamment du benzène, du benzaldéhyde, qui peuvent être mauvais pour la santé. »

« Aujourd’hui, nous avons développé une certaine tolérance, voire une attirance, pour ces molécules qui ne sont pas forcément bénéfiques. C’est une construction culturelle qui finit par masquer le patrimoine aromatique naturel, alors que le percevoir est aussi une façon de se reconnecter à la nature. »

Odeurs et santé

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Les odeurs ne sont pas seulement une expérience sensorielle : elles ont aussi un lien direct avec notre santé et notre bien-être.

Certaines molécules odorantes peuvent aussi poser des questions de santé. 

« Une odeur est une molécule volatile. Elle rentre dans votre nez, puis dans vos poumons, et peut ensuite passer dans votre sang. »

L’odorat joue également un rôle dans notre bien-être. Certaines molécules présentes dans les odeurs naturelles peuvent avoir des effets bénéfiques. C’est notamment le cas de certains terpènes émis par les plantes, connus pour influencer le fonctionnement du système immunitaire. 
« Dans les odeurs de la nature, certaines molécules peuvent avoir des effets positifs sur notre biologie, sur notre humeur et notre façon d’être. »

Pour autant, le biologiste met en garde contre une vision trop idéalisée de la nature et des odeurs naturelles.
« Toutes les odeurs naturelles ne sont pas forcément bonnes pour la santé. Par exemple, le limonène est une molécule très aromatique, mais elle peut aussi être allergène. »

De nombreuses études montrent d’ailleurs que le contact avec la nature améliore le bien-être physique et mental. Marc-André Selosse cite notamment des recherches menées au Royaume-Uni.
« On observe que plus on s’éloigne des espaces naturels, plus certains risques de troubles neurologiques augmentent. Bien sûr, ce n’est pas seulement lié aux odeurs : il y a aussi les sons, la vue, le contact physique avec l’environnement. »

« Les odeurs font partie du cocktail de sensations auquel nous sommes adaptés. Pourtant, dans la modernité, on a souvent pensé qu’un environnement complètement artificiel pouvait remplacer cela. »

L’odeur préférée de Marc-André Selosse

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Parmi toutes les odeurs, Marc-André Selosse avoue avoir un faible pour celle de la violette.
« Il y a des notes que j’aime particulièrement, notamment la véritable odeur de violette. On est d’ailleurs à une saison où on peut la sentir : quand les violettes printanières commencent à fleurir, il suffit parfois de passer à certains endroits pour percevoir leur parfum, et c’est une odeur que j’adore. Elle a deux particularités intéressantes. D’abord, on la retrouve aussi dans certains vins, notamment les vins non sulfités. Ensuite, c’est une odeur assez fugace, qui entraîne une forme de désensibilisation. Quand on la sent, notre seuil de perception augmente : il en faut davantage pour continuer à la percevoir. C’est une odeur très évanescente. Pour bien la sentir, il faut souvent s’en éloigner puis y revenir, afin de dépasser cette désensibilisation qui fait que, plus on la sent, moins on la perçoit. »

Marc-André Selosse fait référence à la violette odorante (Viola odorata), une petite fleur sauvage que l’on trouve au début du printemps dans les sous-bois, les haies ou certains espaces urbains. Ses fleurs, généralement violettes, sont discrètes et légèrement penchées vers le sol, tandis que ses feuilles arrondies en forme de cœur se développent au ras du sol.
L'odeur de cette violette possède une particularité étonnante liée à des molécules appelées ionones, qui provoquent une désensibilisation temporaire de l’odorat. Plus on sent la violette, moins on la perçoit : son parfum semble disparaître, puis réapparaît lorsqu’on s’en éloigne.
Une caractéristique singulière qui illustre parfaitement la complexité de notre perception olfactive… et la nécessité, comme le souligne Marc-André Selosse, de réapprendre à prendre le temps de sentir.
 

« Redécouvrir les odeurs, c’est un plaisir qui ne coûte rien »

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À travers son rôle de parrain de La Minute internationale des odeurs, Marc-André Selosse invite chacun à redécouvrir un sens essentiel.


« Prendre le temps de sentir les odeurs du monde, ce sont des plaisirs simples qui ne coûtent rien et qui peuvent nous rendre plus heureux. »


« En apprenant à mieux utiliser la rétro-olfaction et à se concentrer sur les odeurs, on redécouvre les saveurs des aliments. »


Le 10 juin à 10h06, chacun est invité à prendre une minute pour respirer, observer et décrire les odeurs qui l’entourent.
Une façon simple de reprendre contact avec un sens souvent oublié… et avec le monde vivant lui-même.
 

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La Minute internationale des odeurs, le 10/06 à 10h06. : respirez, ressentez, écrivez.

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