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Historique

Rappel du contexte

Depuis 1997, Atmo Normandie utilise une méthode de référentiel odorant pour mieux connaître les nuisances de son territoire. Ces nuisances odorantes font régulièrement l’objet de mécontentement de la part de la population riveraine de sites émetteurs. Une quinzaine de campagnes de veilles olfactives ont été menées par les Nez Normands, habitants bénévoles formés à la reconnaissance des odeurs et 70 empreintes olfactives d’entreprises haut-normandes ont pu être établies.

Les partenaires associés à ces projets aux côtés d’Atmo Normandie sont : les sites émetteurs, les collectivités, les associations de riverains ou de défense de l’environnement, l’administration (Dreal) et les Nez habitants.

Les objectifs partagés par tous sont les suivants :

  • appréhender le « paysage » olfactif
  • cerner les principales sources
  • faire le lien avec le process
  • aider les entreprises à dresser leurs priorités d’action
  • suivre l’évolution de la situation
  • ET : TENDRE VERS UNE DIMINUTION DE L’ODEUR (le zéro odeur n’est pas un but et n'est jamais annoncé)

Profil odorant ou « empreinte odorante »

Aussi caractéristique qu’une empreinte digitale, chaque entreprise possède son « parfum » caractéristique de son activité. Avec des notes de « tête » ou dominantes, et des notes de « fond » ou secondaires. Parfois, les notes odorantes d’un site émetteur ne sont rejetées que par ce site sur un secteur donné ; on parle alors de traceur odorant.
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Ci-contre, le premier profil établi en Haute-Normandie.
C’est celui de Saipol à Grand-Couronne, une usine de fabrication d’huile alimentaire à partir de colza et de tournesol.
Les notes méthional et sulfurol sont « traceurs » de cette usine : aucune autre entreprise n’émet ces notes odorantes sur la région rouennaise.
Source : IAP-Sentic, 1998 

« Exemple d’application » 18 septembre 2003, la Préfecture a contacté Atmo Normandie suite au signalement des pompiers appelés pour une « drôle d’odeur », peut-être de « gaz » ou de «peinture» selon les plaignants, sur une commune riveraine de Grand-Couronne, de l’autre côté de la Seine. Des Nez Normands habitent cette commune, Atmo Normandie les a appelés et a appris qu’il y avait eu présence d’une note sulfurol très forte (intensité 7) à l’heure correspondante aux signalements des pompiers. L’information a été remontée à Saipol. L’exploitant a fait des recherches et signalé le soir même avoir trouvé une anomalie sur son site, non détectée.

Résolution d’un épisode odorant par la mise en évidence du composé en cause

Face à un épisode odorant, la première difficulté réside dans sa description. La population va faire référence à sa sensation de gêne ou à ses évocations personnelles à défaut d’avoir appris à décrire une odeur. 
Comme tout « parfum », une odeur est bien souvent un mélange de composés odorants. 
La dilution naturelle (par dispersion à l’atmosphère) ou en laboratoire peut révéler des notes odorantes masquées dans le produit pur, ou en proximité de l’émission.

Ci-contre, la démonstration ayant permis de mettre en évidence la source causant un épisode malodorant en région havraise.
Le produit pur ne correspondait pas à la description faite par les riverains. Ce n’est qu’une fois des dilutions faites en laboratoire que la note odorante incriminée est apparue.
Source : IAP-Sentic, 2001 

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« Exemple d’application » Octobre 2001. En toute bonne foi, l’industriel avait déclaré une anomalie sur son site avec un produit ne répondant pas au cahier des charges mais le lien n’était pas fait avec l’odeur sentie des dizaines de kilomètres à la ronde. Ce n’est qu’après une dilution par 1 000 en laboratoire que la note odorante perçue à l’extérieure, la « thiomenthone », a été mise en évidence. Elle était masquée par d’autres composés soufrés à l’état pur.Depuis cet événement, l’industriel a notamment mis en place une équipe de Nez en interne.

Hiérarchisation des sites émetteurs

La description des émissions odorantes sur les sites, à la fois en local (sources diffuses, issues des joints, caniveaux, toits flottants…) mais aussi en « projeté » (sources canalisées ou surfaciques telles les cheminées, les bassins, évents…) permet d’estimer un pouvoir global odorant et de classer les sites émetteurs d’une même zone.

Ci-contre, le classement odorant des entreprises de la zone industrielle de Port-Jérôme.

La contribution des émetteurs les uns par rapport aux autres à l’ambiance olfactive d’une zone géographique étudiée peut être réalisée après visite « in situ » par les experts mais aussi à travers les relevés des nez riverains.
Source : IAP-Sentic, 2001

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« Exemple d’application» Face à ces résultats, l’Association des Entreprises de Port-Jérôme et sa Région a décidé de travailler en priorité sur les 5 entreprises les plus contributrices. Diverses actions ont été enclenchées pour mieux connaître les causes (Laboratoire Recherches et Développements...), pour diminuer certaines sources (investissement en équipements et moyens d’abattement...) ou encore pour une mise en veille au quotidien (équipe de  Nez...).

Hiérarchisation affinée par notes odorantes

Lorsqu’une zone étudiée est complexe et regroupe plusieurs émetteurs, il est possible au-delà d’un classement global comme vu précédemment d’attribuer la contribution de chacun des sites par notes odorantes.

Répartition des principales notes odorantes sur la zone industrielle de Port-Jérôme par site contributeur
Source : IAP-Sentic, 2002 

contribution

Ci-dessus, la contribution par site émetteur et pour les principales notes odorantes perçues dans le profil olfactif de la ZI de Port-Jérôme. On peut constater la forte présence de notes soufrées sur la plupart des sites, en lien avec l’activité de raffinage et pétrochimie de cette plateforme industrielle. On remarque également un traceur, la note « acide octénoïque », émise par le site de Socabu, une usine de fabrication de caoutchouc synthétique.

« Exemple d’application » L’entreprise Socabu a cherché à éliminer la note odorante « acide octénoïque » caractéristique de son site et fortement présente dans le profil olfactif de la ZI de Port-Jérôme. La source de cette note a été mise en évidence dans le dernier atelier de fabrication lors de l’ajout d’un additif. Cet additif n’a pu être remplacé, une comparaison entre différents fournisseurs a conduit à choisir le produit le moins odorant.

Hiérarchisation par unité

Autre mode de classement : celui par unité.

 
Les différentes manières de classer peuvent permettre des choix  sur des priorités d’intervention, sur une zone industrielle ou sur un site (voir également cas suivant).

Ci-contre, le classement des unités les plus odorantes, toutes entreprises confondues, sur la zone industrielle du Havre suite aux passages des experts en 2011-2012 à l’occasion de la remise à jour de leur travail mené en 2002-2004.
Source : IAP-Sentic, 2012 

classement

Aide au choix de priorité d’action pour un exploitant

Les prélèvements faits sur un site émetteur avec analyse olfactive des échantillons permet d’une part de connaître la composition odorante en nature et intensité mais aussi d’estimer le « pouvoir odorant » des sources d’émission et par conséquent la distance susceptible d’être parcourue (en fonction du débit canalisé ou surfacique par exemple).
Ces indications sont utiles pour l’exploitant pouvant l’aider dans ses choix d’intervention.

Ci-dessous, les résultats obtenus après dilution de prélèvements effectués sur différentes unités d’une raffinerie. L’unité d’odeur standard est déterminée puis une distance pouvant être parcourue calculée. On remarque que ce n’est pas forcément les rejets odorants d’une haute cheminée qui porteront sur la plus grande distance. Ainsi, dans cet exemple, les odeurs du bassin de décantation sont susceptibles d’être perçues jusqu’à 14 km (contre 750 m et 2 km pour les cheminées 1 et 2)

Analyses qualitatives et quantitatives des prélèvements d’air à partir de sources canalisées actives et surfaciques passives.
Mesure des nombres d’odeur et des longueurs de panaches de ces sources canalisées et surfaciques.
Source : IAP-Sentic, 2004 

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* Rappel sur la notion de note odorante : Il est important de préciser que l'observation d'une note odorante ne signifie pas pour autant la présence de la molécule chimiquement parlant, il s’agit ici d’un langage et d’olfaction.

Suivi dans le temps

Des campagnes de mesures menées par des Nez riverains permettent d’évaluer objectivement l’évolution d’une situation dans le temps.
Leurs relevés permettent notamment de juger de l’efficacité ou non des actions de lutte contre les nuisances odorantes mises en place par un exploitant.

Ci-contre, les 3 notes odorantes les plus caractéristiques de la chocolaterie (pyrazine, isovaléraldéhyde, furfuryl mercaptan) ont été observées fortement en baisse dans les relevés des Nez riverains au cours de leur 3ème campagne de veille.
Cette amélioration a nettement été reliée à l’oxydateur thermique mis en place entre les 2 campagnes de veille.
Source : Atmo Normandie, 2013

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« Exemple d’application » La chocolaterie Cargill a préalablement investi en analyses et recherches, avec essais sur pilotes avant de choisir la solution de l’oxydateur thermique. Son objectif était de pouvoir traiter à la fois ses composés organiques volatils (COV) et ses composés odorants. A cette fin, des analyses chimiques sont venues conforter les notes dominantes du profil olfactif ce qui a permis à l’exploitant de les introduire en termes d’abattement dans son cahier des charges.